IMMERSION #3 : Retrouvailles avec le Royans

12 – 17 Juin,
Pont-en-Royans, Malleval en Vercors, Choranche, Saint Jean en Royans

REVELATION

Les culs posés dans l’herbe tendre, non pas étendus amoureusement dans la voix de Michel Simon, mais le dos tendu, les bras tenant nos genoux et nos têtes tournées vers le ciel, nous attendons. Aujourd’hui ce n’est pas les vautours que l’on guette, c’est le soleil. La course lente des nuages ombre la page blanche d’Olivier, le temps s’étire en silence. Pendant que les choucas font leur danse de fin d’après-midi, Olivier trace dans un sillon d’encre noire la résilience de la pie grièche. Les nuages se déchirent. Olivier monte sur le tas de pierres, pose le stylo et prend sa pince de forge. Madga court dans la pente. Déborah fixe le soleil pour l’accrocher à la prairie. C’est une course contre le temps, pas celui de la montre, celui du ciel : s’asseoir, attendre, se figer dans l’intensité de l’instant, pister le moment, et dans la fulgurance de la couleuvre ou du faucon fondre sur sa proie.

Magda remonte la pente avec le silex dans la main. Olivier l’installe dans sa pince. Le soleil révèle les nuances de cette pierre ancestrale et auréole la tête d’Olivier. Au loin, la roche mythique s’assombrit de pluie à venir. Magda attrape l’instant.

« Je voulais fabriquer quelque chose de mes mains. J’ai mis une forge dans le jardin. Je voulais fabriquer quelque chose d’utile. Le couteau est le premier outil que l’homme ait créé. » Je plonge dans le feu brûlant de la forge. Le temps s’arrête dans cette autre grotte. Poussés par la sécheresse, ils ont cherché l’eau, ils sont entrés dans la brèche et se sont émerveillés. Un lac immense habitant la grotte préservée de tout passage humain ou animal depuis des millénaires. Un réseau d’eau coulant en liberté dans le secret de la terre. Un peu plus loin dans les galeries, les fistuleuses. Chaque goutte tombée laisse une légère trace de glace sur son passage. Goutte après goutte, une tige blanche et creuse se forme. Elles sont des centaines pendant du plafond rocheux en rideau de féerie. C’est la révélation glacée du temps rythmé du goutte à goutte incessant de l’eau de la vie qui passe.

« L’acier damassé, c’est la fleur de la coutellerie. Cela se façonne couche après couche tel un millefeuille. Pour l’instant on ne voit pas les dessins. Ce n’est que quand je le plongerai dans le bain de perclorure de fer que la lame sera révélée. »

Nous repartons sur le chemin, prêtes à révéler à travers la chair photosensible de nos corps, d’autres humains plongés dans le bain de la vie.

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