EVASION – CLELLES – 11 septembre : J – 3 –

Revenir.

Partir pour mieux revenir. Dans la zone d’activités, retrouver nos repères. Prendre le temps de se rappeler à la mémoire des gens du lieux. Frapper à la porte. Monter timidement l’escalier. « Oui, je me souviens bien de vous. Alors c’est le jour J ? Pas de problème, je vous ouvre la porte. » Sortir le seau de colle et les pinceaux. Découper la tarlatane. Trouver les points d’eau. Apprivoiser les supports. Sentir nos coeurs battre de voir les visages apparaître en grand sur les murs. « Ah mais c’est Norma, elle est magnifique. » Cela prend forme sous nos yeux. Cela devient palpable pour eux. Les relations se tissent.

Et puis il y a la magie. Derrière la laiterie, on se prépare à coller la photo du déjeuner sur l’herbe que l’on a faite avec le centre social La Paz de Saint Jean en Royans. On monte sur nos escabeaux, on s’arrache les cheveux entre vent et rondeur du cylindre à maintenir le papier photo et le seau de colle, on espère l’aide d’un regard qui nous dise si c’est droit. Le fromager passe : « Vous collez une photo ? » – « Oui, vous voulez voir ? » – « C’est pris où ?» – « Dans le Royans avec des personnes de différents pays » – « Ils viennent d’où ? » – « Albanie, Roumanie, Niger, Algérie. Et vous ? » – « Palestine ». « Walla ! » Magda se met à parler palestinien, passant du français à cette langue de l’ailleurs avec une déconcertante familiarité. Il se fige, son regard se trouble. Du haut de mon escabeau, j’assiste à ce temps suspendu. Les mots arabes volent dans l’air qui s’habite d’une émotion palpable. Malgré le masque, tout ce qui le traverse se lit dans ses yeux, ses mains, ses mouvements de tête qu’il tourne régulièrement vers moi comme pour me dire « je rêve ? ». Au milieu des phrases de cette langue qui invite une autre terre, je comprends qu’ils échangent leurs prénoms : Majda. Majdi. Les rirent fusent.

Partir pour mieux revenir. On passe la tête au petit portail de bois, ils sont là comme s’ils nous attendaient toujours : Sylviane et Jeannot, encore un ancien cheminot, le troisième rencontré aujourd’hui. Nous sommes sur les rails de la traverse. Ils viennent voir les photos, ils aiment, cela change leur paysage. « Un petit sirop ?». Sur la terrasse, nous sirotons un sirop de Mirabelle. « Ah ben c’est le nom de ma fille ». Magda me montre l’heure : 18h30. – « Est-ce que vous avez une radio ? C’est l’heure de l’interview sur radio Dragon. » On installe la radio sur la chaise vide. Magda cherche la bonne station. La voix de Déborah s’invite au jardin. Nous sommes là, autour de la table, à l’écoute des mots qui disent ce que nous venons de vivre tout au long de la journée.

« A dimanche ! »

Partir pour mieux revenir. Revenir, c’est goûter la joie de se reconnaître.

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